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 Furnez Breiz

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MessageSujet: Re: Furnez Breiz   Lun 23 Avr 2007 - 16:17

VIII


MIZ EOST (1)
MOIS D'AOÛT


Pa vé glaô da c'hoel Eost,
Kolled é ar c'hraon kalvé.
S'il pleut à la fête d'Août,
Les noisettes sont perdues.


Néb a ia da Zantez-Elen
Né a goll kéd he foen.
Qui va prier à Sainte-Hélène (25 août)
Ne perd pas sa peine.


(1) Mois de la Moisson (note de l'auteur).

IX


MIZ GWENN-GOLO (1)
MOIS DE SEPTEMBRE


Er miz Gwen-Golô
En abardé 'ma ann dorno.
Au mois de Septembre,
C'est dans l'après-midi qu'on bat.


Da c'hoel Mahô,
Ar frouez holl a zo haô.
A la Saint Mathieu,
Tous les fruits sont mûrs.


Kouls er baradoz hag en douar
Sant Kadô n'en deûz kéd hé bar.
Au paradis et sur terre
Saint Cado n'a point son pareil.


Da c'hoel Mikel, da c'houlou dé,
An Tri-Roué vé er c'hreiz dé.
A la Saint-Michel, au point du jour,
La constellation des Trois-Rois paraît au midi.


E Foar-ann-Drogherez,
Eunn heubeûl évid eur gwennek.
A la foire du Troc (29 septembre),
Un poulain pour un sou.


(1) Mois de la Paille-Blanche (note de l'auteur).


Dernière édition par le Lun 23 Avr 2007 - 22:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Furnez Breiz   Lun 23 Avr 2007 - 17:32

X


MIZ HÉRÉ (2)
MOIS D'OCTOBRE


E miz Héro
Teiled mâd hag hô pézô.
En Octobre fumez bien,
Et vous récolterez de même
.

Héré, Dû, ha Ker-Zû
É c'halveur ar miziou dû.
Héré, Noir, Très Noir,
Ainsi nomme-t-on les mois d'Automne.


Péd hanvou kaer en deûz roed
Da penn ar bloaz ar Vrétoned :
Dibenn-Eost, Dian-Eost,
Raz-arc'h, Misiou-Dû, Rag-Eost,
Diskar-amzer, ha Dilôst-Han,
Skud-déliou, hag Han-Goan.
Écoutez combien de beaux noms
L'Automne a reçu des Bretons :
Abatteur-de-Moisson, Temps après la Moisson,
Plein-coffre, Mois-Noirs, Suivant de la moisson,
Saison-de-chute, et Fin-de-l'Été,
Balayeur-de-Feuilles, ou Été-Hiver.


(2) ce nom est inexpliqué (note de l'auteur.)
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MessageSujet: Re: Furnez Breiz   Lun 23 Avr 2007 - 17:48

XI[/centrer]

[center]MIZ DU (1)
MOIS DE NOVEMBRE


Eet MIZ-HÉRÉ en hé hent,
Antrônôz, ma goel ann Holl-Zent.
Octobre a fini son chemin,
Demain fête de la Toussaint.


Kala-goan, kaled greûn,
Déliou kouet, lennou leûn.
En Automne dur est le grain,
Les feuilles sont tombées, tous les étangs sont pleins.


Mâd éo hada ann douar
War an diskar eûz al loar.
Il est bon d'ensemencer la terre
Au décours de la lune.


Ségalik Sant-Andrez,
Deût Nédélek pa deui er-mez.
Le seigle de la Saint-André (30 novembre)
Ne sort qu'à Noël arrivé.


Hag o néza é-ma oc'h-hu c'hoaz ?
Goel Sant-Andrez a zô warc'hoaz.
Êtes-vous encore à filer,
Quand c'est demain la Saint-André ?
(Il ne faut pas veiller trop tard.)


XII


MIZ KER-ZU (2)
MOIS DE DÉCEMBRE


Han-goan bétek Nédelek :
Diwar neûzé vé goan kaled
Kén né vezô bleûn en halek.
L'Automne jusqu'à Noël :
Depuis là, le dur Hiver
Jusqu'à ce que fleurisse le saule.


Earc'h kent Nédelek
Teil er ségalek.
Neige avant Noël,
Fumier pour les seigles.


Eur ghéliénen da Nédelek,
A zô koulz hag eur c'hévélek.
Une mouche à Noël
Vaut une bécasse.


Pa vé loar venn da Nédelek,
É vé lin mâd é pep havrek.
S'il y a lune blanche à Noël,
Il y a bon lin dans chaque guéret.


Miz-ker-zû, berr deiz, hir noz ;
Gwénen a dav, broenn war roz.
En Décembre, journée courte, longue nuit ;
L'abeille se tait ; le jonc pousse sur la colline.


(1) Mois noir. - (2) Mois très noir. (note de l'auteur)
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MessageSujet: Re: Furnez Breiz   Lun 23 Avr 2007 - 22:43

EUZ AR VROIOU (1)
DES PAYS


I


Kant brô, kant kiz.
Kant parrez, kant iliz.
Cent pays, cent usages.
Cent paroisses, cent églises
.

O Breiz-Izel, o kaéra brô !
Koad enn hé c'hreiz, môr enn hé zrô.
O Bretagne, ô très beau pays ?
Bois au milieu, mer alentour. (Tiré du Télen Arvôr)


II


Môr Kerné a zô peskéduz,
Douar Léoun a zô éduz.
La mer de Cornouaille est poissonneuse,
La terre de Léon abondante en blé.


Va Doué, va diwallid da drémen Beg-ar-Raz,
Rag va lestr a zô bihan hag ar môr a zô brâz.
Mon Dieu, protégez-moi au passage du Raz,
Car ma barque est petite et la mer est grande.


Né dréménaz dén ar Raz,
N'en divizé aounn pé glaz.
Nul n'a passé le Raz,
Sans frayeur ou sans mal.


(1) Plusieurs des proverbes qui précèdent ont leurs analogues dans les proverbes français ; cependant on n'a pas voulu les omettre, ignorant si la sagesse française n'était pas héritière de l'antique sagesse des Gaulois. - Dans cette section des Pays tout est local : ce sont des épigrammes rustiques et familières telles qu'en pouvaient échanger les cantons et les petites bourgades de la Grèce, et qu'il serait si curieux de connaître. Les antiquaires et les artistes en sentiront la valeur. C'est surtout dans les choses simples que les moeurs d'un peuple sont vivantes. (Note de l'auteur).
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MessageSujet: Re: Furnez Breiz   Lun 23 Avr 2007 - 23:18

Abaoué beûzet Ker-Is,
N'eûz kavet par da Bariz.
Depuis qu'est submergé Ker-Is (1)
On n'a pas trouvé le pareil de Paris.


Paris
Par-Is.
Paris
Pareil à Is.


Pa ziveûzo Is
É veûzô Paris.
Quand des eaux sortira Ker-Is,
Dans les eaux entrera Paris.


Kastek, Santel. - Kemper ar gaër. - Oriant ar c'hoant.
Saint-Pol, la ville sainte. - Kemper la belle - Lorient la jolie.

Ménéz Arré kein Breiz.
Les montagnes d'Arré, échine de la Bretagne.

Kompéza Brâz-Parz,
Divéina Berrien,
Diradéna Plouié,
Tri zrâ dic'halluz da Zoué.
Aplanir Brasparz,
Epierrer Berrien,
Arracher les fougères de Plouié,
Sont trois choses impossibles à Dieu.


(1) La ville d'Is, située dans la baie de Douarnenez, fut submergée vers l'an 442 (Note de l'auteur).

PÉDEN AR PIRC'HIRINED*.
PRIÈRE DES PÈLERINS


O Sent ma brô, me diwallet !
Sent ar vrô-mañ né m'anévézont ket.
Saints de mon pays, secourez-moi !
Les saints de ce pays ne me connaissent pas.



* lire : ar berc'hirined.
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MessageSujet: Re: Furnez Breiz   Mar 24 Avr 2007 - 10:39

III


Er barrez a Daolé, entré ann daou dreiz,
Éma ar bravâ brézouneg a zô é Breiz.
Dans la paroisse de Taulé, entre les deux grèves,
Est le meilleur breton parlé dans la Bretagne.


Brézounek Léoun ha gallek Gwenned.
Breton de Léon, et Français de Vannes.

Non ha oui
Sétu galleg an ti.
Oui et non
C'est le français de la maison. (Cornouaille, 1842).


Komps brézonek ével eunn Normand.
Parler breton comme un Normand.

IV


Enn Normand en deûz hé lavar.
Hag en deûz hé zislavar.
Un Normand a son dit,
Et il a son dédit.


Sétu eur ghir eûz a wéchall :
Skanv a fougher ével eur Gall,
Droug-obéruz ével eur Zaôz,
Rog ha morgant ével ur Skoz.
Voici un dire d'autrefois :
Vain et léger comme un Français,
Dur et méchant comme un Anglais,
Orgueilleux comme un Écossais.


Kléier Sant Iann Voug a lavar :
Les cloches de Saint-Jean de Vougay disent :

Keraniz ! Keraniz !
Laéroun holl ! laéroun holl !
Keraniens ! Keraniens !
Tous voleurs ! tous voleurs !


Kléier Sant Iann Kéran a respount :
Les cloches de Saint-Jean de Kéran répondent :

Ar pez ma zoump, é zoump !
Ar pez ma zoump, é zoump !
Ce que nous sommes, nous sommes !
Ce que nous sommes, nous sommes !


Panez ! Panézen !
Eul Léonard na zébr trâ kén.
Panais ! panais !
C'est le dîner d'un Léonais.


Bara kerc'h fresk amanenned
A blij da Ghintiniz meûrbed.
Pain d'avoine et beurre frais,
C'est le plaisir des Quintinais.


Iôtaérien, debrerien kaol
Ar Zant-Briéghiz a zô holl.
Mangeurs de bouillie et de choux,
Ceux de Saint-Brieuc le sont tous
.

Faô rû ha faô briz
Sétu briskez a Lan-Bâliz.
Fèves rouges et fèves bariolées,
Abricots des Lamballais.


Eur mailh éô eul Lan-Bâlad
Evid ober kleûziou mâd.
Un Lamballais est un maître
Pour faire de bon talus.


Gall brein ! Gall Brein (1) !
Sac'h an diaol war hé c'hein.
Français pourri ! Français pourri !
Le sac du diable sur son dos.


Penn-sardinen ar C'honkiz
Penn-éog ar C'hastell-Liniz,
Ha Penn-Merluz ar C'hon-Bridiz.
Têtes-de-sardine, ceux de Concarneau ;
Têtes-de-saumon, ceux de Châteaulin ;
Têtes-de-merlus, ceux de Combrit.


Bek meill, bek sall !
Ré Ghemperlé na zébr trâ all.
Bec de rouget, bec salé !
C'est ce qu'on mange à Quimperlé.


(1) Surnom des Gallos ou Hauts-Bretons, lesquels ne parlent plus que le français ; on leur fait dire proverbialement : Je suis un sot breton, je ne sais pas ma langue (Note de l'auteur).


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MessageSujet: Re: Furnez Breiz   Mar 24 Avr 2007 - 11:24

TRIVÉDER KERNÉ
TRIADE DE CORNOUAILLE (1)


Person Kemper a zô skolaer,
Ann hini Erc'hié-Vrâz marrer,
Ann hini Elliant falc'her.
Le recteur de Kemper est instituteur,
Celui du Grand-Ergué, écobueur,
Celui d'Ellian, faucheur.


Person Kong a zô peskéter,
Ann hini Beûzek louzouer,
Ann hini Melven mestr-préegher*
Le recteur de Concarneau est pêcheur,
Celui de Beuzec herboriseur,
Celui de Melven beau parleur.


* lire : prezeger.

Person Pond-En a zô kérer,
Ann hini Rosporden tôker,
Ann hini Trévou boutouer.
Le recteur de Pont-Aven est cordonnier,
Celui de Rosporden chapelier,
Celui de Trévou sabotier.


Person Korré a zô giwader,
Ann hini Leuc'han kéméner,
Ann hini Fouesnant foughéer.
Le recteur de Corré est tisserand,
Tailleur est celui de Leurhan,
Fanfaron celui de Fouesnant.


Person Tourc'h a zô barazer,
Ann hini Ker-nével karrer,
Hag ann hini Skaer gourenner.
Le recteur de Tourc'h est tonnelier,
Celui de Ker-nével charroyeur,
Et celui de Scaer est lutteur.


(1) Cette triade nous semble personnifier d'une manière assez originale, dans chacun de leurs recteurs ou curés, le caractère de quelques paroisses de la Cornouaille. (Note de l'auteur).
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MessageSujet: Re: Furnez Breiz   Mar 24 Avr 2007 - 11:32

V


EUZ AR C'HÉMÉNÉRIEN
DES TAILLEURS


Nao c'héméner évid ober eunn dén.
Il faut neuf tailleurs pour faire un homme.

Néb a lavar eur c'héméner
A lavar ivé eur gaouier.
Qui dit tailleur
Dit menteur.


EUZ AR VILINÉRIEN
DES MEUNIERS


Krampoez hag aman a zô mâd,
Ha nébeudig eûz pép sac'had,
Hag ar merc'hed kempenn a-vâd.
Des crêpes et du beurre, c'est bon,
Et un peu du sac de farine de chacun,
Et les jolies filles aussi.


VI


A béb liou marc'h mâd.
A béb vrô tûd vâd.
De toute couleur bon cheval.
En tout pays bonnes gens.


Al laouénan a gar atô
Hé toen ha kornig hé vrô.
Le roitelet aime toujours
Son toit et le petit coin de son pays.
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MessageSujet: Re: Furnez Breiz   Mar 24 Avr 2007 - 12:27

GHIRIOU
DEVISES (1)


Alleno. - Mâd é kélen è pêb amzer.
Alleno. - Un conseil est bon en tout temps.
Aot-Red. - Dré ar môr.
Autret (Rivage-du-Courant). - Au delà de la mer.
Bôb*-Déru. - Berped* krenv.
Bodéru (Buisson-de-Chêne) - Toujours fort.

* lire : bod.
* lire : bepred

Bois-Guéhenneuk. - Karantez ha guirionez.
Boisguehenneuc (Du) (Forestier). - Amour et vérité.
Breiz. - Kent* mervel.
Bretagne (Pays-des-Guerriers). - Plutôt mourir. - Potius mori quam foedari.

* lire : kentoc'h.

Kamereu. - En kichen rei, é ma kéméret.
Camereu. - Après donner il faut prendre.
Charruel. - Kalonek a drec'h beb tra.
Charruel. - L'homme de coeur surmonte tout.
Kastel. - Da vâd é teui.
Chastel (Du). - Tu viendras à bien.
Koat-an-Skours. - A galoûn vad.
Coatanscours (Bois-de-la-Faucille). De bon coeur.
Koet-Ivi. - Bépred.
Coetivy (Bois-d'Ivry) - Toujours.
Koet-Kelven. - Béza é péoc'h.
Coequelven (Bois-du-Coudrier). Être en paix.
Koetudavel. - Réd é vé.
Coetudavel. - Il faudrait.
Déogher (Ann). - Dléed éo guir d'ann déogher.
Déauger (Le) (Le Dimeur). - Le droit est dû au dîmeur.
Drénék. Né zeûz pesk héb hé zréan.
Drénec (Du) (Le Bar ou l'Épinaie). - Il n'est poisson sans épine.

Doujet (Ann). - Dén a galon a zô doujet.
Douget (Le) (Le Redouté). - L'homme de coeur est redouté.
Gaédon. - Pa zoum ar c'horn, é saill ar gaédon.
Gaédon (Lièvres). - Quand sonne le cor, les gaédon (lièvres) se lèvent.

(1) Pour les devises purement françaises, voir encore le Nobiliaire de Bretagne de M. Pôl de Courcy et tous les Armoriaux. (Note de l'auteur).


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MessageSujet: Re: Furnez Breiz   Mar 24 Avr 2007 - 13:51

Jentil Koad-ann-Froter. - Jentil d'an holl.
Gentil (Le) de Coatanfroter (Bois-du-Frotteur). Gentil pour tous.

Gonidek (Ar). - Ioul Doué.
Gonidec (Le). (Le Gagnant, le Vainqueur). - Volonté de Dieu.
Guern-Izak. - Péd bépret.
Guernisac (Aunaie ou Marais de l'Isac). - Prie toujours.
Haleg-Goat. - Ker guenn hag haleghek.
Halegoat (Bois-de-Saules) - Aussi blanc que saules.
Huon-Kérések. - Endra badô, birviken...
Huon de Kérésec (Cerisaie). - Tant qu'elle durera, jamais...
Huon-Ker-Madek. - Ataô, da virviken.
Huon de Kermadec (Riche-Ville). - Toujours, à jamais.
Ker-Aéred. - Pa elli.
Keraéret (village-des-Couleuvres). Quand tu pourras.
Ker-an-Guen. - Laka évez.
Keranguen (Village-du-Blanc). - Prends garde.
Ker-an-Réz. - Réz pé bar.
Keranrais (Village-de-la-Mesure). - Ras ou comble.
Ker-Aôt-Red. - Martézé.
Kerautret (Village-du-bord-du-Courant). - Peut-être.
Ker-Goet. - E kristen mâd mé bév an Doué.
Kergoet (Village-du-bois). - En bon chrétien je vis en Dieu.
Ker-Jar. Réd éo mervel.
Kerjar (Village-de-la-Poule). - Il faut mourir.
Ker-Lec'h. - Mar c'har Doué.
Kerlec'h (Village-de-la-Pierre-Levée). - S'il plaît à Dieu.
Ker-Louet. - Araok ! Araok !
Kerlouet (Village-Moisi). - En avant ! en avant !
Ker-Mavan. - Doué araok.
Kermavan. Dieu avant.
Ker-Réd. - Tével hag ober.
Kerret (Village-du-Courant). - Se taire et faire.
Ker-Roz. - Graz a spéret.
Kerroz (Village-de-la-Rose). - Grâce et esprit.
Ker-Saôzon. - Préd éo, préd éo.
Kersauzon (Village-des-Saxons). - Il est temps, il est temps.
Kerou-zèré. - List ! List !
Kerouzéré. Laissez ! Laissez !
Lêz-Kiffiou. - Kémer ar c'hoad, ha les ar c'hiffiou.
Lesguiffiou (Cour-des-Souches). - Prends le bois et laisse souches.
Mesanven. Emé-t-hu.
Mesanven. - Dites-vous.
Molak. - Grik da Molak !
Molac. Silence à Molac !
Névet. - Pérag ?
Névet. - Pourquoi ?
Park-Skaô. - Amzéri.
Parscau (Parc-du-Sureau). - Temporiser.
Pen-ann-Koet. - A bép pén léalded. - Hag ivéz : En diavez.
Penancoët (Bout-du-Bois). - Loyauté partout. - Et aussi : A découvert.
Penn-Guern. - Doué da Guentâ.
Penguern (Bout-du-Marais ou de l'Aunaie). - Dieu d'abord.
Pen-C'hoet. - Réd éo.
Penhoët (Bout-du-Bois). - Il faut.
Pen-Marc'h. - Prest vé.
Penmarc'h (Capde). - Il serait prêt.
Portz-Moguer. - Var vôr ha var zouar.
Portzmoguer (Port de). - Sur mer et sur terre.
Kélen. - E péb amzer kélen.
Quélen (Houx. Instruction). - En tout temps Quélen (Du Houx. De l'instruction).
Richard, Aotrou Ker-Iann. - Karet Doué, meûli Doué, énori Doué.
Richard, Sr de Kerjean. - Aimer Dieu, louer Dieu, honorer Dieu.
Riou. - Mud out é ?
Riou. - Es-tu muet ?
Rodellek. - Mâd ha léal.
Rodellec (Homme aux cheveux bouclés). Bon et Loyal.
Rouazle. - Sell pétra ri.
Rouazle. - Prends garde à ce que tu feras.
Rouz (ar). - Pé brézel, pé karantez.
Roux (Le) de l'Aunay. - La guerre ou l'amour.
Salaun. - Guir ha léal.
Salaun (Salomon). Franc et loyal.
Trédern. - Ha souez vé ?
Trédern (Douaire). - Qu'y aurait-il d'étonnant ?
Trévou. - Pa garô Doué.
Trévou (Tribus). Quand il plaira à Dieu.
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MessageSujet: Re: Furnez Breiz   Mar 24 Avr 2007 - 14:56

Mise en garde : l'onomastique (l'étude des noms de personne) a fait d'énormes progrès depuis le XIXème siècle. Si certaines explications sont encore valables aujourd'hui : Le Doujet (le Redouté), Salaun (Salomon), Rodellec (bouclé, frisé)... ; beaucoup d'autres se révèlent aujourd'hui caduques : Autret (Rivage-du-courant) (d'après A. Deshayes : "ce nom procède vraisemblablement d'un ancien *Altret, composé des termes vieux bretons alt "ami, allié" et ret "utile, nécessaire" Dictionnaire des noms de famille bretons - Le Chasse-Marée / Ar Men - p. 87). (Armes : D’or à cinq trangles ondées d’azur, pour devise : Dre ar mor et fondue dans La Marche.)
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MessageSujet: Re: Furnez Breiz   Mer 25 Avr 2007 - 11:36

Le livre se termine par la Notice qui figurait dans la deuxième édition de la Grammaire de Le Gonidec. Vous trouverez ce texte in extenso dans le message suivant.
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MessageSujet: Re: Furnez Breiz   Mer 25 Avr 2007 - 11:49

A LA MÉMOIRE DE LE GONIDEC (1)



Quelques jours avant sa mort, M. Le Gonidec, recueillant le peu de forces que lui avaient laissées cinq mois de maladie, revoyait sur son lit les dernières épreuves de sa Grammaire celto-bretonne. Quand le texte entier fut composé, un ami, un élève, qui surveillait et hâtait cette impression, réunit en un volume les feuilles éparses qu'on présenta au savant philologue ; Le génie de sa langue natale était fixé dans ce livre : il l'ouvrit et le parcourut en silence ; puis, d'un air satisfait, le tint quelque temps, fermé entre ses mains. - Ce dernier trait résume bien la vie d'un homme dévoué à une seule idée : il connaissait le prix de son travail et se félicitait en mourant de l'avoir accompli.
Oui, quelles que soient vers l'unité de langage les tendances de la philosophie, ceux-là ont bien mérité, qui surent conserver, en pénétrant leurs principes, les formes variées qu'a revêtues la pensée humaine. Le Gonidec fut de ce nombre : il peut s'appeler le régulateur de la langue et de la littérature celto-bretonnes. Grammaire, dictionnaires et textes de langue, son oeuvre embrasse tout, et ses livres, si chers à son pays, ne se recommandent pas moins par leur saine critique aux érudits de toute l'Europe ; disons mieux : ils se recommandent par le sujet comme par la méthode, puisque les civilisations modernes recouvrent en bien des lieux des origines celtiques.
La France, qu'on nous accorde ces préliminaires, a trop oublié la Gaule. Et cependant la France trouverait encore en Armorique la source première de sa langue, j'ajouterais de son ancienne littérature, s'il fallait ici entourer le grammairien et l'écrivain breton des vieux bardes, ses devanciers. Et qui niera, devant les noms d'Hoël et d'Arthur, le chef gallois, que le mouvement poétique des VIe et VIIe siècles ne fût dans les deux Bretagnes ? Il est vrai, les Poèmes d'Armorique, comme les hymnes franks recueillis par Charlemagne, sont perdus ; mais les rimeurs du moyen âge, Chrestien de Troyes, Regnaud, Robert Wace, ne cachent pas leurs emprunts à ces poèmes, moult anciens, dit Marie de France.

Bons lais de harpe vous appris,
Lais bretons de notre pays ;


ajoute le traducteur de Tristan le Léonais. N'est-ce pas la veille de la bataille d'Auray que Du Guesclin consulta les Prophéties de Merlin ? Sous la Ligue on chantait encore le Graalen Maûr, qui a tant fourni aux romans de la Table ronde; et l'on chante toujours :

Ar roué Graalen zô en Iz bez.


Quant au barde Guiklan, qui vivait en 450, Rostrénen et le vénérable Dom Le Pelletier lisaient ses vers, au siècle dernier, dans l'abbaye de Landévének. Les titres ne sont donc pas contestables : on les retrouverait d'ailleurs au delà du détroit, dans une littérature jumelle ; et dans les deux pays la langue est encore vivante. Depuis longtemps travaillée en Galles, elle vient enfin de, recevoir en Bretagne sa forme scientifique des veilles de Le Gonidec.
Tâchons d'exposer dans toute sa simplicité cette vie studieuse et peu connue, mais glorieusement liée désormais à l'histoire des idiomes celtiques.

I


Jean-François-Marie-Maurice-Agathe Le Gonidec naquit au Conquet, petit port de mer situé à la pointe occidentale de la Bretagne, le 4 septembre de l'année 1775. Sa mère, Anne-Françoise Pohon, appartenait à une famille de cette ville, où son père, d'ancienne et noble maison, sans fortune, occupait un emploi des Fermes. Dans le voisinage du Conquet demeuraient, au château de Ker-Iann-Môll, M. et Mme de Ker-Sauzon, qui, s'intéressant aux époux Le Gonidec, tinrent leur fils sur les fonts de baptême. Ce fut un grand bonheur pour l'enfant. A l'âge de trois ans, privé de sa mère, puis abandonné de son père, homme bizarre et dur qui délaissait ainsi tous les siens, il fut généreusement recueilli par ses parents selon Dieu. Telle fut la tendresse des père et mère adoptifs, telle l'indifférence du père naturel, que jusqu'à sa douzième année le pauvre enfant ne se douta point de son sort. Le secret dévoilé, il tomba malade et faillit mourir de douleur. Dans ce temps, l'abbé Le Gonidec (celui qui refusa sous la Restauration l'évêché de Saint-Brieuc) était grand chantre de Tréguier ; dans cette ville était aussi un collège dont l'enseignement avait de la réputaion : cette double circonstance dut décider à y envoyer l'enfant.
Ses études furent parraites. Dès le début, soit commencement de vocation, soit influence de son parent l'ecclésiastique, il avait revêtu la soutane. Le jeune abbé Le Gonidec, ce fut ainsi qu'on le nomma dans le monde, laissait voir beaucoup d'esprit et d'imagination, et un vif attrait pour les lettres. Aussi, durant ses vacances au château de Ker-Iann-Môll, tous les manoirs d'alentour lui étaient ouverts. Ses parents adoptifs pouvaient se féliciter.
Voici une occasion plus grande de payer sa dette. Vers la fin de 1791, M. de Ker-Sauzon émigre. Aussitôt le jeune abbé, qui achevait ses études, vient s'installer à Ker-Iann, et là se fait le précepteur du fils et des neveux de son généreux parrain. Mais les biens sont mis sous le séquestre ; toute la famille doit se retirer à la ville ; Le Gonidec est lui-même forcé de chercher une demeure plus sûre.
En 93 nous le trouvons, dans les rues de Brest, entouré de soldats et des hideux témoins de ces fêtes de sang, qui marche à l'échafaud. Il n'avait pas encore dix-huit ans. Arrivé au pied de la machine, il voyait briller le couteau, quand des amis (on n'a jamais su leurs noms) entrent tout armés sur la place, renversent les soldats, et d'un coup de main délivrent le prisonnier. Le Gonidec fuyait au hasard par les rues de Brest ; une petite porte est ouverte, il y entre : c'était la maison d'un terroriste. « Ah ! monsieur, crie une femme, quel bonheur que mon mari soit absent ! Mais sortez, sortez vite, ou vous êtes perdu ! - Et perdu, madame, si je sors ! Pour un instant, de grâce, cachez-moi ! » La pauvre femme tremblait à la fois de peur et de pitié. Enfin la nuit vint ; le proscrit pût franchir les portes de la ville, d'où, gagnant à travers champs un petit port de Léon, il passa en peu de jours dans la Cornouaille insulaire.
Dans le calme de la vie scientifique, où nous recherchons M. Le Gonidec, plus d'une fois nous l'avons entendu raconter les détails de cet événement terrible. Au sortir de Ker-Iann, il lui fut difficile de rester paisible et ignoré dans sa nouvelle retraite. La Bretagne fermentait. Les paysans le pressaient de se mettre à leur tête ; mais de Brest on le surveillait ; une visite domiciliaire fit découvrir des armes placées par des ennemis sous son lit ; de là son arrestation, un long et cruel emprisonnement , à Carhaix, puis sa marche au supplice.
L'aventureux jeune homme semble avoir retrouvé dans l'exil le génie bienfaisant qui le secourut au pied de l'échafaud. Dénué de toutes ressources, il débarquait à Pen-Zanz, dans l'autre Bretagne, quand, au sortir du vaisseau, il est abordé par un domestique qui lui demande si son nom n'est pas Le Gonidec. Sur sa réponse affirmative, le domestique reprend qu'il a l'ordre de lady N..., sa maîtresse, de prier l'étranger de descendre chez elle. Ce fait s'explique ainsi : Le Gonidec avait un parent de son nom, recommandé par lettre à lady N... et qu'on attendait d'Amérique ; depuis plusieurs jours le domestique guettait l'arrivée des bâtiments ; la ressemblance du nom amena cette méprise dont la généreuse lady remercia le hasard. Elle garda son hôte pendant près d'une année.
Faute de renseignements précis, il serait malaisé de suivre Le Gollinec depuis la fin de 1794, où il rentra en Bretagne, jusqu'au commencement du XIXe siècle. Une note de sa main prouve seulement qu'il prit une part active aux guerres civiles du Morbihan et des Côtes-du-Nord ; qu'il y reçut deux graves blessures, l'une à la jambe, l'autre à la poitrine ; et que, promu dans les armées royales au grade de lieutenant-colonel, il fit un second voyage dans la Grande-Bretagne, d'où le ramena la fameuse expédition de Quiberon. Depuis lors, errant pendant plusieurs années de communes en communes, il profita enfin de l'amnistie du 18 brumaire et déposa les armes à Brest, le 9 novembre 1800.

II


Ici commence la véritable vie de Le Gonidec, celle-là du moins qui conservera son nom : « Unius oetatis sunt res quoe fortiter fiunt : quoe vero pro patriâ scribuntur oeternoe sunt. »
Cette épigraphe des Origines gauloises de notre Malo-Corret (La Tour d'Auvergne) pourrait être plus justement celle des oeuvres de Le Gonidec. A vrai dire, son génie propre n'était pas dans l'action, où l'avaient fatalement jeté les troubles de son temps. Et, chose bizarre cependant, la suite de ces événements entraîna, par leurs combinaisons, sa vocation scientifique. Forcé de se cacher et de vivre sous l'habit des paysans, il se mit à apprendre parmi eux d'une manière raisonnée la langue celto-bretonne qu'il avait parlée sans étude dans son enfance. De ce jour, l'ardeur de la science ne le quitta plus. Elle te suivit dans les places importantes d'administration qu'il occupa sous l'Empire, et dans le modeste emploi où nous l'avons connu pendant sa vieillesse.
Il paraîtrait qu'un compatriote chez lequel notre grammarien reçut une longue hospitalité ne fut pas sans quelque influence sur son esprit. Amoureux des recherches archéologiques, le vieux maître de Ker-Véatou y associa volontiers Le Gonidec. Si ce dernier fut d'un grand secours pour son hôte, il n'importe : on doit saluer en passant ces éveilleurs d'idées.
Voici qu'un nouvel ami sera le nouveau mobile de ce caractère, naturellement fort et opiniâtre, mais, comme chez tout Breton, timide à entreprendre et combattu d'incertitudes.
C'était l'heure où tout se réorganisait sous la main du premier consul. Chacun, dans les partis
détruits ou rapprochés, s'occupait de son avenir : Le Gonidec y devait songer. Or le baron Sané, son oncle, un des hauts administrateurs de la marine, lui pouvait être d'un grand secours. Telles furent les observations d'un intime ami (2) de Le Gonidec, lequel, partant pour la capitale, le décida à l'y accompagner. Ces espérances n'étaient pas vaines. Arrivé à Paris au mois de juin 1804, il occupa, dès le mois de juillet, un emploi dans l'administration forestière.
L'année suivante, son nom figure parmi ceux des membres de l'Académie celtique, réunion qui se rattache trop aux généralités de notre sujet pour ne pas obtenir ici une mention. D'ailleurs, quels qu'aient été ses travaux, elle a fait naître la Grammaire celto-bretonne.

III


L'Académie celtique s’ouvrit le 9 germinal an XIII, avec tout l'enthousiasme que les fondateurs conservaient de leurs relations avec Le Brigant et La Tour d'Auvergne. L'auteur du Voyage dans le Finistère, Cambry, présida la première séance. Le savant M. Éloi Johanneau, qui avait conçu le projet de l'Académie, exposa le but de ses recherches, toutes dirigées vers les antiquités des Celtes, des Gaulois et des Franks, Cette pensée fut rendue allégoriquement dans le jeton de présence : un Génie, tenant un flambeau d'une main, soulève de l'autre le voile ; d'une belle femme (la Gaule), assise auprès d'un dolmen et d'un coq. Réveillée par le Génie, cette femme lui présente un rouleau sur lequel on lit, ces mots celtiques : Iez ha Kiziou Gall (Idiome et usages des Gaulois). Dans le lointain une tombelle druidique surmontée d'un arbre, et pour légende : Sermonem patrium moresque requirit. Le revers portait une couronne formée d'une branche de gui et de chêne, avec cette inscription : Académie celtique, fondée an XIII. - Autour de la couronne : Glorioe majorum.
N’omettons pas cette proposition de Mangourit. Rappelant l'ordre du jour du général Dessoles, qui conservait le nom de La Tour d'Auvergne à la tête de la quarante-sixième demi-brigade, où il avait été tué Mangourit fit adopter par l'Académie celtique les propositions suivantes :
1° Le nom de La Tour d'Auvergne est placé à la tête des membres de l'Académie celtique ;
2° Lors des appels, son nom sera appelé le premier ;
3° Le général Dessoles, qui fit signer l'ordre du jour de l'armée après le trépas de La Tour d'Auvergne, est nommé membre regnicole de l'Académie.
Une grande ardeur animait donc les membres de cette assemblée. Par malheur, la langue celtique, qui eût dû être le flambeau de leurs études, fut presque négligée, ou traitée avec une demi-science et des prétentions si folles chez quelques-uns qu'elle excita l'opposition de la majorité. Ceux-ci, au lieu d'examiner, en vinrent à nier l'antiquité de la langue bretonne : - méconnaissant que tous les mots donnés comme celtiques par les auteurs latins ou grecs sont conservés avec leur sens original dans la Bretagne. Armorique ; ainsi des noms de lieux et d'hommes qui se trouvent en Écosse, en Irlande, en Galles et dans la Cornouaille insulaire. A défaut de textes bretons, puisque le Buhez Santez Nonn, ce précieux manuscrit, n'était pas imprimé, les textes gallois existaient, et ces textes sont reconnus des vrais savants comme très anciens, très purs, très authentiques ; enfin la curieuse et originale syntaxe de la Grammaire celto-bretonne était à étudier.

IV


La Grammaire celto-bretonne parut en l'année 1807. L'auteur s'exprimait ainsi dans sa première préface : « Il existait trois grammaires celtiques avant ce jour : la Grammaire bretonne-galloise, de Jean Davies, imprimée à Londres en 1621 ; la Grammaire bretonne, du P. Maunoir, qui a paru dans le même siècle ; et enfin celle du P. Grégoire de Rostrenen, capucin, imprimée pour la première fois vers le milieu du dernier siècle, et réimprimée à Brest, en 1795. La première m'aurait été d'une grande utilité si j'avais eu le bonheur de la connaître plus tôt ; la seconde est totalement incomplète : je n'ai pu tirer aucun parti de sa syntaxe, vu qu’elle se trouve en tout conforme à la syntaxe latine. Quant à la grammaire du P. Grégoire, quoiqu'elle soit loin d'offrir tous les principes nécessaires à la connaissance de la langue, je conviendrai qu'elle m'a été d'un plus grand secours.
A cette liste de grammairien l'auteur eût pu joindre Le Brigant et Le Jeune (Ar Jaouanq), tous deux de la fin du siècle dernier.
La grammaire de Le Gonideg, bien supérieure aux précédentes, ne laisse rien à désirer comme rudiment. La syntaxe en est bien établie. Nul n'avais indiqué la génération des verbes : nul, ce parfait tableau des lettres mobiles dont les lois mystérieuses et multiples étaient si difficiles à découvrir. Quant à l'alphabet, il rend tous les sons des mots. laisse voir leur formation et se prête logiquement aux mutations des lettres : j'y regretterai une seule lettre correspondant au th kemrique ou gallois, son qui existe encore chez les Bretons, et que le z ne peut rendre. Les consonnes liquides soulignées, à peine sensibles pour quiconque ne parle pas la langue bretonne dès l'enfance, prouvent chez notre celtologue une finesse d'ouïe des plus rares. Jusqu'à cette dernière édition de la Grammaire. il n'avait pu, faute de caractères, indiquer ces consonnes ; sur quoi on lui dit que ce serait une difficulté pour bien lire sa Bible : « Oh ! répondit-il, je n’ai jamais employé ces sons liquides dans mes textes ! » Et pourtant, hors lui, puriste, qui s’en serait douté ? Savants, vous pouvez vous fier à la conscience de cet homme.
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MessageSujet: Re: Furnez Breiz   Mer 25 Avr 2007 - 11:56

V


La hauteur de la pensée et celle du caractère s’unissaient chez M. Le Gonidec, vrai Breton. Tandis que par d’autres travaux philologiques, mais d’un intérêt moins proche pour la France, des savants ont vécu entourés de richesses et d’honneurs, lui n’eut, pour soutenir sa vie laborieuse, que l’estime de son pays, dont il semble emporter le génie dans la tombe. Si jamais homme a rempli sa tâche, ce fut M. Le Gonidec. Dans quelques années, lorsque les regards de la science se seront enfin tournés vers les idiomes celtiques, le nom de notre grammairien ne sera prononcé qu’avec une sorte de vénération. Tel fut le sentiment tartif de M. Raynouard, initié, mourant, aux œuvres d’un homme qu’il avait longtemps méconnu. La Grammaire celto-bretonne a exposé les règles originelles et conservées par la tradition, mais non écrites, de notre langue ; les deux Dictionnaires, autres chefs-d’œuvre, en ont donné le tableau complet, et la traduction de la Bible a paru ensuite comme un texte inimitable. Ainsi toute la langue bretonne est comme en dépôt dans ses livres. Les beaux et continuels efforts ! Onze années de veilles prises après les travaux journaliers et nécessaires à la famille (dès 1807 il s'était marié) furent données aux Dictionnaires, deux ans à la Grammaire, dix à l'admirable Bible, et cependant nulle récompense ! Si prodigue pour tous les dialectes morts ou bien connus, l'État ne put trouver une obole pour cultiver le celtique, ce vivant rameau des langues primitives qui de l'Asie s'étend encore sur la Gaule.
Qu'on le sache cependant nous plaidons ici pour Le Gonidec, plus haut qu'il ne le fit jamais pour lui-même. Outre une grande fierté, il y avait en lui comme une humeur allègre, qui le menait bien à travers les nécessités de la vie. Mais si ces dures nécessités le détournèrent de sa vocation, ne sont-elles pas déplorables ? Et ne doit-on pas regretter ce qu'avec plus de loisir il eût fait pour la science et pour le pays ?

VI


Les travaux d'administration vont, pour un long temps ; le retenir tout entier. Son intelligence n'avait pas laissé que de le pousser rapidement dans cette carrière. La mission qu'il reçut, en 1806, de reconnaître la situation forestière de la Prusse, prouva l'estime qu'on faisait de ses connaissances variées. Lorsque Napoléon visita Anvers et les ports de la Hollande, il fut donné à M. Le Gonidec de le voir de bien près. Admis chaque jour, comme secrétaire de l'inspecteur général, dans le cabinet de l'Empereur, il conserva de son génie, mais sans plus s'engager, une vive admiration.
En 1812, il porte à Hambourg le titre de chef de l'administration forestière au delà du Rhin. Dans cette place élevée, où tant d'autres eussent trouvé la fortune, il ne prouva, lui, que son désintéressement. Bien plus, son père venant à mourir insolvable, il contracta des dettes pour payer celles de ce père qui, dès l'enfance, l'avait abandonné. Arrivent les désastres de Moscou. Les Français évacuent Hambourg ; le dernier à quitter son poste, Le Gonidec y perd ses meubles, ses livres, ses manuscrits. En vain espère-t-il dans l'ancienne dynastie qu'il avait autrefois si vaillamment servie : la perte de son brevet d'officier annule tous ses services militaires. Une réduction s'opère même dans son administration, et, tour à tour, le conduit à Nantes, à Moulins, à Angoulême, et toujours avec un grade et des appointements inférieurs. Ici l'étude revient le consoler.

VII


Le Dictionnaire breton-français est de 1821. On peut le regarder comme un chef-d'oeuvre de méthode. C’est un triage complet des précédents vocabulaires et glossaires exécuté avec la critique la plus prudente et la plus sûre. Un supplément encore inédit, auquel sont joints en marge les mots gallois, augmenterait de beaucoup ce dépôt déjà si riche.
Le Dictionnaire français-breton a été exécuté selon le même plan et les mêmes principes. Le Gonidec l’entreprit pour s’aider lui-même dans les textes bretons qu’il projetait.
Son premier essai de traduction fut d’après le Catéchisme historique, de Fleury (3). De tous ses écrits, celui-ci est le plus simple de style. Il serait aisément devenu populaire si l’auteur eût mieux su le répandre ; mais faire de beaux livres fut toute sa science.
Le pays de Galles (que les étrangers s’instruisent par ce seul fait des rapports des deux peuples) !) enleva presque tout entière l’édition du Nouveau Testament (4). Ce livre, le plus beau de notre langue, parut en 1827. Aussitôt la Société biblique demanda l’Ancien Testament (5). Pour ce travail, il fallait au traducteur le Dictionnaire latin-gallois de Davies, introuvable à Paris et fort rare en Galles. Un appel se fit pourtant dans ce pays à la fraternité antique : appel bien entendu, puisque, peu de temps après le révérend Price apportait lui-même en France, avec une courtoisie parfaite, le précieux dictionnaire. Dans cette entrevue, Le Gonidec, très attaché de cœur et d’esprit au dogme catholique, arrêta que l’Ancien Testament, comme déjà le Nouveau serait littéralement traduit d’après le latin de la Vulgate. Le manuscrit est en Galles ; une copie très exacte est restée à Paris entre les mains du fils aîné de l’auteur, l’abbé Le Gonidec.
Les Visites au Saint-Sacrement, de Liguori (6), ouvrage pour lequel il avait une prédilection particulière, et enfin l’Imitation (7) qu’il terminait avec un grand soin quand la mort l’est venue surprendre, complètent la liste de ses traductions bretonnes. Toutes sont en dialecte de Léon. On se demande derechef si ces trésors de science et d’atticisme celtiques disparaîtront avec celui qui les amasse, et seront ensevelis dans sa tombe. – Mais épuisons les faits.

VIII


La science avait réservé à la vieillesse de cet homme une place tout exceptionnelle. Mis à la retraite en 1834, il dut revenir à Paris et chercher dans une maison particulière le travail nécessaire pour nourrir sa famille. L'administration des Assurances Générales, dirigée par M. de Gourcuff, est, on peut le dire, une colonie de Bretons : M. Le Gonidec ; en devint l'âme, pour ceux-là du moins qui, sous la modestie des formes, devinaient la noblesse de la pensée s'exprimant par le plus pur langage. Ces Bretons ne se lassaient pas d'entendre si bien parler la langue de leur pays ; lui, en parlant de la Bretagne, se consolait de vivre forcément loin d'elle. C'était là que lui arrivaient de hautes et savantes correspondances, et qu'une députation de ses jeunes compatriotes le pria, en 1838, de présider leur banquet annuel. A cette fête, qui fut comme le couronnement de sa vie, il répondit dans l'idiome national à une allocution de M. Pôl de Courcy ; on se rappelle ses dernières paroles :
« Fellet éo bet d'in tenna diouc'h eunn dismantr didéc'huz iez hon tâdou, péhini a roé dézhô kémend a nerz. Ma em eûz gréat eunn dra-bennag évid dellezout hô meûleûdi, é tléann kément-sé d'ar garantez évid ar vrô a sav gand ar vuez é kaloun ann holl Vrétouned. Na ankounac'hainn biken al lévénez am eûz merzet enn deiz-man, é-kreiz va mignouned, va Brétouned ker. Keit a ma vézô buez enn oun, va c'houn a vézô évit va brô. »

Mot à mot :

« J'ai voulu tirer d'une ruine inévitable l'idiome de nos pères, lequel leur donnait tant de force. Si j'ai fait quelque chose pour mériter vos éloges, je le dois à l'amour du pays, qui naît avec la vie dans le coeur de tous les Bretons. Je n'oublierai jamais la joie que j'ai trouvée en ce jour, au milieu de mes amis, mes chers Bretons. Aussi longtemps que la vie sera en moi, mon souvenir sera pour mon pays. »

Tels furent les souhaits de vie qui accueillirent l'auteur de ces simples et touchantes paroles, telle fut la vénération qui, durant toute cette solennité, entoura l'illustre président, que son sang aurait dû se raviver au contact d'une si ardente jeunesse. A quelques jours de là, cependant, un mal cruel le saisit. Le Gonidec reconnut vite le terme inévitable et, chrétien, se soumit une dernière fois à sa devise : Ioul Doué, Volonté de Dieu. Après cinq mois de continuelles douleurs, il expirait, le vendredi 12 octobre 1838.
Son convoi fut suivi jusqu'au cimetière par un grand nombre de ses compatriotes. Là, celui qui écrit cette notice, rappelant devant sa tombe les grands et nombreux travaux de Le Gonidec, a demandé que la Bretagne ne laissât point dans un cimetière étranger celui qui avait si bien mérité d'elle, mais l'ensevelît dans sa ville natale du Conquet.
À la suite de ce convoi, une commission formée de MM. F. de Barrère, A. Brizeux, Alfred de Courcy, Audren de Kerdrel, Edmond Robinet, Émile Souvestre, a arrêté ces deux articles :
1° Du consentement de la famille, une souscription est ouverte dans le but de transporter au Conquet, sa ville natale, les restes de M. Le Gonidec ;
2° Sur sa tombe seront gravés ces vers :

Peûlvan, diskid d’ann holl hanô Ar-Gonidek
Dén gwiziek ha dén fur, reizer ar brézounek.


C’est-à-dire :

Pilier de deuil, apprends à tous le nom de Le Gonidec,
Homme savant, homme sage, régulateur du langage breton.


Notre pays et même le pays de Galles ont répondu à cet appel. Outre l’épitaphe déjà citée et d’autres inscriptions, on lit sur le momunent, d’un style gothique élégant :

Ganét é Konk, ar IV a viz gwengolo, 1775.
Marô é Paris, ann XII a viz héré, 1838.
Béziet é Konk, an XII a viz héré, 1845.


En français :

Né au Conquet, le IV septembre 1775.
Mort à Paris, le XII octobre 1838.
Enseveli au Conquet, le XII octobre 1845.


Par cet hommage rendu au savant grammairien, l’Armorique a prouvé qu’elle savait se glorifier de sa langue comme de la plus ancienne peut-être de l’Europe ; qu’elle voulait l’aimer comme conservatrice de sa religion et de sa moralité.

IX


En face de la civilisation nouvelle, Le Gonidec a fait ceci, que le breton est écrit, au XIXe siècle, avec plus de pureté qu’il ne le fut depuis l’invasion romaine : la mort du breton, si Dieu le voulait ainsi, serait donc glorieuse. Il faut l’avouer, la langue écrite avait suivi la décadence de notre nationalité. Cette décadence date de loin, à en juger par le Buhez Santez Nonn (Vie de sainte Nonne), ce mystère antérieur au XIIe siècle, traduit en français et avec habilité par l’infatigable savant. Les écrivains, sans renoncer aux tournures celtiques, aimèrent trop à se parer de mots étrangers. Or, c’est ce désordre qu’a voulu chasser l’esprit critique de Le Gonidec. Et, chose merveilleuse, dont nous-même avons fait l’épreuve en plus d’une chaumière, ses textes, sauf quelques mots renouvelés, sont bien de notre temps et lucides pour tous. Ce n’est plus ce style franco-breton, qui ne présente à l’esprit qu’un sens confus ; c’est un style sincère et originel qui, lorsque l’ancien mot a été reconnu et saisi, fait briller les yeux du laboureur et va remuer dans son cœur les sources vives du génie celtique.
Ce mouvement donné à la littérature nationale peut se continuer. Les élèves de Le Gonidec sont nombreux, et plus d’un a la science du maître.
Une doctrine un peu large devrait aimer, en regard même du génie de la France, cette variété du génie breton. Pour tenir à tous les sentiments généraux, ne brisons pas les sentiments particuliers où l’homme a le mieux la conscience de lui-même. L’idiome natal est un lien puissant : soyons donc fidèles à notre langue natale, si harmonieuse et si forte au milieu des landes, loin du pays si douce à entendre.

(1) Ce recueil de proverbes offrant comme un résumé de l’esprit de la Bretagne, il semble utile de faire connaitre celui qui a fixé sa langue. La Notice sur Le Gonidec précédait la deuxième édition de la Grammaire, qui parut au moment de sa mort ; supprimée avec les préfaces de l'illustre auteur dans la nouvelle édition in-4°, qui comprend aussi les dictionnaires, elle laissa ainsi dans l'ombre une vie intéressante et honorable, et sans explications les immenses travaux qui sont la règle et la gloire de la langue celto-bretonne. Cette notice reparaît donc ici comme une introduction littéraire et comme un hommage.

(2) M. de Rodellec du Porzic, à qui sont dus ces détails.

(3) Katékiz historik.

(4) Testamant Névez.

(5) Testamant koz.

(6) Gwéladennou d’ar Sakramant.

(7) Heûl pé Imitation Jésus Krist.
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