"Le soir de la Toussaint, veille de la fête des Morts (
Goël ann Anaon), les défunts viennent tous visiter les vivants.
Les gens qui vont chanter de porte en porte la "complainte des âmes", durant la nuit de la Toussaint, ont souvent senti passer sur leur cou l'haleine froide de l'
Anaon qui se pressait en foule derrière eux.
Souvent aussi on a entendu, cette nuit-là, les feuilles mortes bruire dans les sentiers comme sous les pas d'êtres invisibles.
Les morts passent toute la nuit qui précède leur fête à se chauffer et à se régaler dans leur ancienne demeure.
Il n'est pas rare que les gens de la maison entendent remuer les escabeaux. Le lendemain, on constate parfois que les visiteurs nocturnes ont changé de place les assiettes dans le vaisselier.
Au point du jour, les morts se rendent en même temps que les vivants à la messe qui se célèbre à leur intention dans l'église de la paroisse.
Une année que mon père se rendait seul à la messe des morts, il s'entendit héler soudain par quelqu'un qui paraissait vouloir le rejoindre :
- Hé ! Iouenn, attends-moi !
Il se retourna et ne vit personne. Mais il avait distinctement reconnu la voix de sa mère, morte l'année d'avant.
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La paroisse de Plougastel-Daoualas, une des plus importantes du Finistère, est divisée en un certain nombre de frairies (
breuriez). Le soir de la Toussaint, après les Vêpres des Morts, les membres de chaque frairie se réunissent chez l'un deux pour y célébrer le rite suivant :
La table de la cuisine est garnie d'une nappe sur laquelle s'étale une large tourte de pain, fourni par le maître de maison. Au milieu de la tourte est planté un petit arbre portant une pomme rouge à l'extrémité de chacun de ses rameaux. Le tout est recouvert d'une serviette blanche.
Lorsque la frairie est rassemblée autour de la table, le maître de la maison, en qualité d'officiant, commence les prières des défunts, répondues par les assistants. Puis, les prières dites, il enlève la serviette, coupe la tourte de pain en autant de morceaux qu'il y a de membres dans la frairie et met ces morceaux en vente au prix de deux, de quatre et même de dix sous l'un.
Celui des membres de la frairie qui n'achèterait pas son "pain des âmes" (
bara an Anaon) encourrait la malédiction de ses parents défunts. Rien ne lui prospérait plus.
L'argent ainsi récolté est consacré à faire dire des messes et des services pour les trépassés. Quant à l'arbre aux pommes rouges, symbole de la
breuriez, dont il porte, du reste, le nom, la personne chargée de fournir le pain, l'année d'après, le vient quérir en grande pompe dès que la nuit est proche et dispose à son gré les fruits dont il est paré en attendant de les remplacer par d'autres.
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Le jour des Morts, dans toutes les fermes, il est d'usage après le repas du soir d'allumer un grand feu dans l'âtre. Ce feu ne doit servir ni à cuire des aliments, ni à se chauffer. Aucun vivant ne vient s'asseoir autour et l'on ne suspend au-dessus aucun vase. C'est le feu de l'
Anaon, uniquement destiné à la purification des âmes, à leur délivrance définitive des flammes du purgatoire.
On s'abstient également, ce soir-là, de prendre aucune espèce de nourriture après le souper. La nourriture que prendraient les vivants ferait, dit-on, du mal aux défunts."
La Légende de la Mort - Anatole Le Braz