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 Lecture critique du Deshayes

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Jeannotin
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MessageSujet: Lecture critique du Deshayes   Lun 13 Fév 2017 - 14:19

Albert Deshayes est l'auteur d'un Dictionnaire étymologique du breton, outils sans équivalent pour la connaissance de l'histoire de notre langue, de ses rapports avec ses sœurs celtiques et de l'apport dont elle est redevable au latin et au gallo-roman. Ma lecture quotidienne de cet ouvrage et la comparaison avec d'autres sources étymologiques m'a toutefois conduit à des désaccords avec certaines étymologie proposées, désaccords que je souhaite lister ici afin de les discuter.
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MessageSujet: Re: Lecture critique du Deshayes   Lun 13 Fév 2017 - 14:23

Dans la lexicographie bretonne, mastrouilhal est le plus souvent rangé sous l'entrée bastrouilhañ, forme qu'Albert Deshayes explique par un croisement des mots français barbouille et estrouille. Mastrouilhal serait une simple variante crée par faux rétablissement de la consonne initiale. Ce dernier phénomène est en effet fréquent en breton à cause des mutations consonantiques. Une forme conjuguée heñw vastrouilh (il salit) peut tout aussi bien provenir de l'infinitif mastrouilhal que de bastrouilhañ. De nombreux doublets se sont créé de cette façon (bouest et gouest  pour boîte ; bwetur et gwetur  pour voiture...).

Or, des correspondants directs de mastrouilhal existent en gallo-roman. Le moyen français a matrouiller  et le provençal a mastrouia, que Mistral rapproche de l'italien manstruggiare. Je pense donc que mastrouilhal est directement issu de l'ancien français et ne provient pas du croisement complexe que suppose Albert Deshayes.
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MessageSujet: Re: Lecture critique du Deshayes   Lun 13 Fév 2017 - 14:23

Le breton chanel "sous-pente de crêche" est la forme local de sanailh en Centre-Bretagne. Ce sanailh est expliqué dans le Deshayes par le français arsenal qui aurait subi une mécoupure, la première syllabe étant prise pour l'article breton ar. Je trouve qu'il est plus simple, tant pour la forme du mot que pour le sens, d'expliquer sanailh par le moyen français cenail "dessus d'une étable" qui provient du latin cēnācŭlum "étage supérieur". L'héritier de ce mot latin en gallo est s'nâ "fenil", sa présence en Haute-Bretagne me paraît jouer en faveur de la vraisemblance de l'étymologie que je propose pour sanailh.

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MessageSujet: Re: Lecture critique du Deshayes   Lun 13 Fév 2017 - 14:27

Le mot sor [sↄːr] "somnolence" ne me paraît pas avoir d'étymologie satisfaisante. Celle que donne le Deshayes doit reposer sur une confusion entre deux homonymes. Il indique en effet, pour l'adjectif sor "engourdi, somnolent" que la première attestation date de 1650 et que sor remonte à l'ancien français sor "desséché", qui vient du moyen néerlandais soor "brun-jaune". Cette étymologie me semblait peu vraisemblable, j'ai donc consulté l'article sor du Dictionnaire diachronique du breton, dictionnaire qui ne propose pas d'étymologie, mais qui donne des références précises sur la première attestation d'un mot et présente une citation complète. Le sor de 1650 apparaît dans An novelov ancien ha devot :

An tan glaou en effaou à dezraouo
Han douar sor hac an mor à deuoro

Le feu de braise commencera aux cieux
Et il dévorera la terre desséchée et la mer


Il me sembleque Deshayes donne là une étymologie et une première attestation incorrectes par confusion avec un homonyme sor qui veut dire "desséché".
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MessageSujet: Re: Lecture critique du Deshayes   Lun 13 Fév 2017 - 14:32

Albert Deshayes propose le latin călămus comme étymon du breton kolo "paille". J'ai commencé à douter de cette étymologie sur la foi du Diccionario de la lengua española, qui donne à l'entrée colmena :

Quizá del celta *kolmēnā, der. de *kŏlmos 'paja'; cf. bretón kôlôen-wénan, de kôlô 'paja' y wénan 'abejas'.

Le vocalisme de kolo suggère plutôt comme étymon ce celtique *kŏlmos, cognat du latin cŭlmus "chaume", que le Meyer-Lübke suppose d'ailleurs d'origine gauloise :
Citation :
2378. culmus "Halm".
Portg. colmo "Dachstroh" (Span. colmena, portg. colmeia "Bienenkorb") ist morphologisch nicht verständlich, Herleitung aus dem Gall. Diez, Wb. 441 hat in den kelt. Sprachen keine Stütze Thurneysen, Keltorom. 86).
https://archive.org/stream/romanischesetymo00meyeuoft#page/188/mode/2up

2378. culmus "tige".
Portg. colmo "chaume" (esp. colmena, portg. colmeia"ruche") n'est pas morphologiquement compréhensible, dérivé du gaulois Diez, Wb. 441 n'a aucun support dans les langues celtiques Thurneysen, Keltorom. 86).

Ernoult et Meillet ne parlent pas de cette hypothèse d'une origine gauloise de cŭlmus. Ils font remarquer que ce mot, sauf dans le portugais colmo, a été majoritairement remplacé en roman par l'hellénisme calamus et par une forme hybride *calmus ( > fr. chaume). On peut penser que le gallois calaf, qui a sans doute conduit Deshayes à choisir calamus comme étymon, témoigne de cette substitution, tandis que le breton, plus archaïque, a conservé dans kolo le vieux mot celtique ou bien le mot roman le plus ancien.
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